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01/08/2011


DERNIÈRES CRITIQUES 11/01/2006

 

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30/09/2012

 

Le Sang des innocents (2001, Dario Argento) 24/11/2009

Le Sang des innocents (2001, Dario Argento)
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Un homme assassine des jeunes femmes à Turin. Le commissaire Moretti découvre que ces meurtres sont liés à ceux commis il y a vingt ans dans la même ville. Lors de ses investigations, Moretti rencontre Giacomo, qui enfant, avait assisté à l'assassinat de sa mère devant ses yeux. Les deux hommes décident alors d'unir leurs forces pour mettre hors d'état de nuire un assassin qui ne recule devant aucun artifice pour faire parler de lui.
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Les années 90 ne furent pas de tout repos pour Dario Argento. Mis à part l'intrigant Le Syndrome de Stenhal (1996), on ne peut pas dire que l'étoile du réalisateur ait brillé au firmament. À vrai dire, ce serait plutôt l'inverse, Deux yeux maléfiques (1990), Trauma (1993) et Le Fantôme de l'opéra (1998) ayant pour le moins terni la filmographie jusque-là quasi irréprochable du cinéaste. Sorti au début des années 2000, Le Sang des innocents avait donc une tâche difficile : redorer le blason d'un metteur en scène plus ou moins abandonné par l'inspiration. Sans égaler les plus grandes pièces maîtresses du transalpin, cette nouvelle production s'envisage comme une très agréable surprise. Le giallo - le genre fétiche du réalisateur depuis le succès de L'Oiseau au plumage de cristal en 1970 - y est revisité avec une application, mais aussi une envie de reconquête qui font plaisir à voir. Un pied dans le passé - le scénario consomme sans parcimonie tous les gimmicks du genre - et un pied dans la modernité - le montage est beaucoup plus nerveux que jadis -, Le Sang des innocents fait adroitement le lien entre deux époques sans pour autant dénaturer le tempérament du réalisateur, auteur invariablement fasciné par les belles choses et le sadisme le plus intégral, deux ingrédients s'entremêlant encore une fois parfaitement. Classique, mais cohérent, le scénario ne manque pas de piment, et ce, même si on aurait souhaité un peu plus de folie dans le déroulement de l'action. C'est d'ailleurs la plus grande lacune de ce giallo. Malgré des meurtres très graphiques (le flash-back dévoilant le massacre de la mère du héros demeure un grand moment du gore), malgré des expérimentations formelles que l'on croyait appartenir à un passé révolu (mention au plan-séquence révélant la décapitation d'un "cygne"), malgré une formidable séquence introductive créant d'emblée un malaise palpable, le long-métrage peine à rivaliser avec la perspective freudienne de Ténèbres ou la poésie surréaliste de l'inoubliable Les Frissons de l'angoisse, deux productions auxquelles il ne cesse de se référer. Pour autant, on aurait tort de faire la fine bouche. Même s'il n'a retrouvé qu'une partie de sa géniale bizarrerie, le cinéaste a toujours l'art et la manière d'aiguiser l'appétit du spectateur, témoin privilégié de la résurrection d'un tueur en série dont les dons d'ubiquité et l'inclination pour les homicides baroques sont soulignés par une mise en scène et des musiques (les fidèles Goblin, absents depuis Phenomena, signent une BO à la fois rock et fétichiste) bien décidées à servir les codes du genre avec dévotion. Ulisse Moretti (Max von Sydow, charismatique, mais sous-employé) et Giacomo Gallo (Stefano Dionisi, agréable, mais un peu fade), deux "enquêteurs" croqués avec une vraie compassion, parviendront-ils à trouver la clé de l'énigme avant la police ? Réponse à la fin de la projection, avec, en guise de récompense, un joli bain de sang et un twist dans la grande tradition du giallo. Au final, sans être irréprochable, ce retour de la vieille garde confirmait à l'époque la santé retrouvée du cinéma d'horreur italien, alors capable de rivaliser avec le meilleur du slasher américain sans pour autant perdre de vue ses fondamentaux esthétisants et thématiques.

Le Sang des innocents (2001, Dario Argento)
De retour aux affaires sérieuses après une décennie où les déceptions, voire les désillusions (Le Fantôme de l'opéra) manquèrent de saborder sa carrière, Dario Argento trousse un authentique giallo qui, en dépit de ses quelques faiblesses (on aurait souhaité un résultat encore plus fou), réussit à raviver une flamme que l'on croyait éteinte à tout jamais. Comme à la vieille époque, le gore, la poésie macabre et les traumas collectifs s'entremêlent pour créer un sentiment d'inquiétude unique en son genre.

Tags : Dario Argento - Giallo

Fog (1980, John Carpenter) 11/01/2006

Fog (1980, John Carpenter)
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La petite ville maritime d'Antonio Bay est envahie par un mystérieux brouillard bleuté venu de l'océan. À l'intérieur, des spectres venus se venger d'un massacre survenu quelques siècles plus tôt. Quelques habitants s'organisent pour faire face à cette menace. Ils découvrent rapidement que l'île a été bâtie grâce à l'or volé de marins lépreux.
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Après avoir révolutionné le monde de l'horreur avec son incontournable Halloween, la nuit des masques (1978), John Carpenter enchaîne sur un nouveau film de terreur cette fois-ci fortement inspiré par l'½uvre d'Edgar Allan Poe, l'un des écrivains précurseurs du fantastique et l'une des influences revendiquées du cinéaste. Sur une thématique qu'il utilisera dans la quasi-totalité de ses longs-métrages à venir, à savoir un groupe d'individus éclaté confronté à un ennemi sorti de nulle part, le réalisateur construit un univers à la fois violent et onirique qui nous saisit à la gorge dès les premières minutes. La mise en image est majestueuse. Puissamment secondé par la photographie de Dean Cundey, esthète mettant en valeur les décors naturels avec une grâce infinie (mention spéciale aux plans dévoilant l'interminable escalier menant au phare d'Antonio Bay, l'un des lieux clés de l'action), John Carpenter signe une réalisation en tous point remarquable. Marques de fabrique du cinéaste, les plans larges (baignant dans un cinémascope dont l'envergure paraît incommensurable), les plans au steadycam immersifs et les juxtapositions de plans fixes (procédé que l'auteur avait déjà manipulé avec brio durant les dernières secondes d'Halloween, la nuit des masques) se succèdent avec une belle fluidité, imprimant aux images un charme proportionnel au sentiment d'angoisse émanant de la pellicule. Car Fog est avant tout une production dotée d'un fort potentiel horrifique. Arme fatale du cinéaste, l'envoûtant brouillard bleuté - brillamment conçu par la firme A and A Special Effects - se révèle le terrain d'action idéal d'un bras vengeur qui, étendant progressivement son emprise néfaste sur la petite ville de pêcheurs, va finir par s'imposer comme un ennemi irréductible. Jusqu'à l'incontournable confrontation finale en forme de règlements de compte moral - loin d'être gratuite, l'invasion spectrale est au contraire justifiée par une raison ébranlant les fondements éthiques d'Antonio Bay, ville construite sur un tissu de mensonges. Mais que serait un film d'horreur sans le concours de comédiens chevronnés ? Servi par un casting hétéroclite au sein duquel la vieille génération (Janet Leigh, Hal Holbrook) et les actrices fétiches du réalisateur (Jamie Lee Curtis, Adrienne Barbeau) prêtent vie à des personnages vibrants d'humanité, Fog fait ainsi honneur à la direction d'acteur du jeune et pourtant déjà mûr maître du suspense, technicien de haut vol doublé d'un authentique meneur d'hommes. S'inscrivant dans la tendance la plus classique du papa d'Invasion Los Angeles et de The Thing, artiste versatile aussi à l'aise dans le registre du pamphlet social que dans celui du conte traditionnel, cette grande messe cauchemardesque a donc su traverser les années et les décennies avec le même magnétisme.

Fog (1980, John Carpenter)
Grand classique du cinéma d'épouvante, Fog demeure l'un des plus beaux témoignages du talent et l'imagination de John Carpenter, réalisateur qui s'imposait alors comme l'un des nouveaux chefs de file de l'horreur moderne. Son rythme ensorcelant, ses considérations esthétiques, son ambiance anxiogène et la qualité de ses trucages - mention particulière à son inoubliable brouillard maléfique, un personnage à part entière - n'ont pas pris une seule ride. Une ½uvre majeure.

Tags : John Carpenter - Horreur - Fantastique

Intruder (1989, Scott Spiegel) 17/01/2014

Intruder (1989, Scott Spiegel)
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Dans un supermarché, les membres d'une équipe de nuit tentent d'échapper aux griffes d'un tueur sanguinaire.
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Intruder se présente comme l'un des slashers les plus violents de sa génération. Mais avant de goûter à un déchaînement de barbarie quasi non-stop, il va falloir passer par une introduction assez longue - comptez une quarantaine de minutes avant que l'action ne démarre réellement -, introduction nous faisant pénétrer dans un lieu familier pour le consommateur que nous sommes : un supermarché. Disséquant le dernier jour de travail d'une équipe sur le point d'être licenciée, le long-métrage de Scott Spiegel passe en revue les habitudes mécaniques, les coups de blues, les crises de rires et les petites frayeurs des employés avec autant d'amusement que de compassion. Pourtant, derrière la façade bon enfant se profile un danger que la caméra va intégrer à l'action avec de plus en plus d'insistance. D'abord par le biais d'un client indésirable venu semer le souk dans la supérette. Ensuite par l'entremise de plans subjectifs nous plaçant dans la peau d'une présence furetant dans tous les coins et recoins du magasin... avec un projet que l'on devine pour le moins funeste. Enfin à grand renfort d'homicides ultra-sanglants. Cette dernière étape constitue d'ailleurs le nerf d'Intruder, film qui se plait à repousser les bornes de la cruauté avec moult exemples concrets. Écrabouillement douloureusement réaliste sous une presse à cartons, pendaison via un crochet de boucherie, découpage minutieux par scie mécanique (avec, à la clé, une tête soigneusement scindée en deux parties égales), sans oublier une belle collection de membres humains répartis de-ci de-là dans les rayons du supermarché : le long-métrage de Scott Spiegel donne assurément dans le gore craspec. Si l'on regarde d'un ½il curieux les exploits de ce psychopathe d'un nouveau type (dont il nous appartient comme de coutume de découvrir l'identité), ce serait mentir que de prétendre qu'Intruder nous amène sur les sommets de l'excitation. Bien qu'assez tendu et plutôt sympathique dans son approche décomplexée du genre, le film peine à dépasser le cadre étriqué de la série B potache. On aurait aimé que les personnages soient un peu plus fouillés - seul le tueur adopte un profil psychologique digne d'intérêt. On aurait souhaité que le jeu des comédiens (Sam Raimi, vieil ami de Scott Spiegel, se fend d'un rôle purement fonctionnel, tout comme son acteur fétiche Bruce Campbell) soit un peu moins référentiel et un peu plus intense. Enfin, on aurait apprécié que la dernière partie se montre un peu moins longuette, le traditionnel face-à-face entre le ou la survivant(e) et le serial-killer jouant les prolongations au-delà des limites raisonnables, et ce, malgré quelques jolies parties de cache-cache macabres. S'il est très loin d'égaler les classiques dont il s'inspire (Halloween, la nuit des masques en premier lieu), ce slasher dégénéré mérite toutefois un bon coup d'½il, lequel ne manquera pas de se délecter d'effets gores comptant parmi les plus impressionnants du genre. Pour ce faire, il faudra bien évidemment privilégier la version "Unrated director's cut" (disponible en DVD zone 2 depuis avril 2012), la seule rendant justice au travail remarquable de la société de maquillage KNB.

Intruder (1989, Scott Spiegel)
Sorti durant les derniers mois de l'âge d'or du slasher, Intruder offrait au genre l'un de ses représentants les plus enragés. Au-delà de l'originalité de son cadre - un supermarché -, le film de Scott Spiegel se singularise par des scènes gores d'un réalisme saisissant, déployant une panoplie en parfaite adéquation avec les pulsions de son tueur en série. Ce haut degré de violence ne saurait cependant faire oublier les longueurs et les approximations (la direction d'acteurs n'est pas fameuse) du long-métrage.

Tags : Slasher - Gore

L'Amie mortelle (1986, Wes Craven) 14/01/2014

L'Amie mortelle (1986, Wes Craven)
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Paul Conway est un jeune homme de 15 ans, qui, malgré son âge, est déjà un brillant neurologue. Il a même fabriqué un robot qu'il a appelé BB, robot doté d'une grande force et intelligence, mais qui peut avoir des réactions innatendues. Paul finit par tomber amoureux de sa nouvelle voisine Samantha. Hélas, celle-ci se fait tuer accidentellement par son père alcoolique. Le jeune homme décide de récupérer le cadavre de la jeune femme à la morgue et de lui implanter dans le cerveau le microprocesseur de son robot.
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Cocktail à base de science-fiction nostalgique, de romantisme échevelé et d'épouvante grand-guignolesque, L'Amie mortelle ouvre une parenthèse intéressante dans la carrière de Wes Craven, réalisateur qui, s'il avait déjà laissé entrevoir une certaine sensibilité par le passé (notamment par le biais du téléfilm Invitation en enfer et du nanar La Créature du marais), n'avait encore jamais dévoilé sa fibre sentimentaliste dans son entièreté. Bien qu'assez daté (les musiques et la modélisation du robot "BB" n'ont pas vraiment passé le test du temps), le résultat ne manque pas de charme. En première ligne de cette inspiration plus compassionnelle que d'ordinaire, le casting, composé de jeunes comédiens talentueux, réussit immédiatement à capturer la sympathie du spectateur, propulsé dans un univers où recherche scientifique primesautière et franche camaraderie se disputent le premier plan d'une histoire à priori inoffensive. À priori seulement. Car, comme d'habitude avec Wes Craven, l'horreur n'attend qu'une seule chose : être extirpée de sa tanière par le scénario. Ce tournant va avoir lieu à mi-parcours. Délaissant la spontanéité et l'insouciance du monde de l'adolescence à la suite d'un décès inopiné, le long-métrage opte alors par la force des choses pour une approche beaucoup plus sérieuse, les expérimentations scientifiques ne portant plus sur un simple robot, mais sur la reconstruction d'une vie humaine broyée par un acte sordide. Si l'on apprécie le renouvellement des enjeux dramatiques et la prestation tout en nuance des acteurs (Matthew Laborteaux - La Petite maison dans la prairie - insuffle à son personnage de scientifique en culottes courtes un joli capital sympathie ; la beauté de Kristy Swanson n'a d'égale que sa capacité à mimer une créature mi-humaine mi-robotique en proie à de violents bouleversements intérieurs), on regrette que la mue de Wes Craven n'ait pas été menée plus en profondeur, le cinéaste se croyant obligé d'avoir recours à un grand guignol aussi gênant qu'inutile. À l'image de cette tête réduite en bouillie par un lancer de ballon surpuissant ou bien encore de ce cauchemar ouvrant une voie royale à un geyser de sang incontrôlable, le film frôle parfois le ridicule, un ridicule entretenu par une double volonté : décalquer à tout prix le classique Les Griffes de la nuit (la chaufferie tant prisée par l'ami Freddy sert même de toile de fond à une scène macabre "cuisante") et offrir au public son quota de gore et de twists en tous genres. Dénués de tous ces artifices, les thèmes abordés (dont l'éternel désir de repousser les limites de la vie) auraient probablement eu plus d'impact. Malgré tout, L'Amie mortelle se savoure comme une série B plaisante, dont les saillies romantiques et la relecture romantico-tragique du mythe de Frankenstein tranchent sur la production habituelle des années 80.

L'Amie mortelle (1986, Wes Craven)
Réalisateur inégal, Wes Craven n'en demeure pas moins un auteur attachant qui a offert au cinéma d'épouvante quelques-uns de ses plus beaux titres de gloire. S'il ne tutoie pas le brio de son chef-d'½uvre Les Griffes de la nuit, L'Amie mortelle peut se targuer d'avoir correctement réussi son projet de fusion entre deux genres assez disparates : l'horreur et la romance. Dommage pour les quelques résidus de grand guignol hérités d'un passé que le cinéaste n'a pas su mettre de côté, sans eux, le film aurait pu prétendre à un autre destin.

Tags : Wes Craven - Fantastique

Le Masque de l'araignée (2001, Lee Tamahori) 06/01/2014

Le Masque de l'araignée (2001, Lee Tamahori)
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Après la mort de sa coéquipière à l'issue d'une traque mouvementée, Alex Cross se met en congé, ressassant sa culpabilité pendant de longues semaines. Mais lorsqu'un criminel particulièrement intelligent kidnappe la petite fille d'un sénateur, Cross reprend du service. Accompagné par l'agent secret qui était chargé de la protection de la petite fille...
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Les premières minutes du Masque de l'araignée sont remarquables. Éperonnée par un enlèvement aussi brusque qu'inventif, l'attention du spectateur se focalise immédiatement sur une sombre affaire dont les tenants et aboutissants donnent le sentiment d'obéir à des motivations plus térébrant que la moyenne. Avec le recul, tout semblait même parfaitement en place, de la réalisation dynamique de Lee Tamahori (Meurs un autre jour, À couteaux tirés) au scénario implacablement huilé de Marc Moss, en passant par l'interprétation pondérée, mais ardente de Morgan Freeman, impeccable sous l'imperméable d'un inspecteur de police (Alex Cross, personnage déjà aperçu dans Le Collectionneur) lancé sur les traces d'un maniaque féru de jeux de pistes tordus et de face-à-face intimistes censés dévoiler son moi profond. Soit les deux moteurs de tout bon serial-killer qui se respecte. L'exaltation était d'autant plus intense que le film n'avait jamais recours à la complaisance ni au cabotinage (Michael Wincott - alias Gary Soneji, le kidnappeur - se montrait fort heureusement sous un meilleur jour que dans le peu mémorable Le Flic de San Francisco), qualités témoignant d'une certaine maturité dans l'approche d'un genre ultra balisé depuis le succès de Seven et consorts : le psycho thriller movie. Sans aller jusqu'à piquer complètement du nez, le curseur du plaisir va malheureusement être sujet à plusieurs tremblements sitôt passée une première partie qui augurait pourtant du meilleur. Succombant progressivement aux sirènes du thriller hollywoodien formaté, Le Masque de l'araignée fonce tête baissée dans un imbroglio mélangeant retournements de situation abracadabrantesques (la révélation finale, pour le moins corsée, nous laisserait presque cois si quelques gros coups de canifs dans le contrat n'avaient pas déjà éveillé nos soupçons), incohérences flagrantes (le c½ur de l'intrigue est mis en péril par une adjonction tardive qu'il serait criminel de dévoiler) et contrefaçons poussives (dont une très dispensable incursion dans l'univers du "Jacques a dit" de Die Hard : une journée en enfer) avec un seul objectif avoué : en donner pour son argent à un public forcément acquis à la cause du crescendo abrutissant et du twist à tout prix. Une dérive regrettable que même la prestation irréprochable de Morgan Freeman et la capacité empathique de la jeune Mika Boorem (Megan Rose) ne parviennent pas à gommer totalement. Au final, malgré une première partie addictive, Le Masque de l'araignée n'a pas réellement su tisser des liens privilégiés avec le détective qui sommeille au fond de nous, chose désolante au regard des jolies cartes qu'il avait en mains.

Le Masque de l'araignée (2001, Lee Tamahori)
Avec Le Masque de l'araignée, l'excellent Morgan Freeman retrouvait un rôle familier depuis le succès de Seven : celui du vieil inspecteur de police un brin désabusé, mais prêt à tout pour mettre hors d'état de nuire un maniaque aussi joueur que lui. En dépit d'une première partie palpitante et d'une interprétation respectable, le film de Lee Tamahori ne réussit pas à créer une dynamique qui permettrait de relancer un genre usé par plusieurs années d'exploitation. La faute à de nombreuses incohérences et un twist final frôlant la charlatanerie.

Tags : Thriller

Les Démons du maïs (1984, Fritz Kiersch) 22/12/2013

Les Démons du maïs (1984, Fritz Kiersch)
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Burt et sa femme Vicky traversent les États-Unis vers Seattle, où Burt doit commencer à travailler dans un hôpital. Au Nebraska, ils se retrouvent à Gatlin où les enfants ont tué tous les adultes et vivent confinés, au sein d'une sorte de secte dédiée à une divinité mystérieuse, le Dieu du Maïs.
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La nouvelle originale de Stephen King (Les Enfants du maïs, présente dans le livre Danse macabre sorti en 1978) était sèche, brutale et sans compromis aucun. En un minimum de mots, le romancier parvenait à plonger le lecteur dans un univers où la violence surgissait du néant et la peur d'une situation à priori absurde et pourtant fichtrement menaçante. Jadis symbole de la "croissance verte" et de la sérénité campagnarde, le maïs devenait pour le coup l'emblème de l'obscurantisme religieux le plus intransigeant... au grand dam des pauvres touristes égarés ayant eu le malheur de croiser l'ombre de ses tiges jaunâtres. Plus sensible et positive que son inspiratrice littéraire, cette adaptation ciné s'inscrit dans une veine plus grand public, mais non dénuée d'intérêt. À condition de faire abstraction d'effets spéciaux terriblement datés - la matérialisation du démon pâtit de trucages pour le moins sommaires - , on peut se laisser tenter par cette petite virée dans le Nebraska profond, territoire qui sent bon la mort et la transgression religieuse. La mise en scène, bien que limitée, parvient à retranscrire toute l'absurdité et la barbarie d'une conjecture qui ne révèlera son vrai visage que dans les dernières minutes. À grand renfort de plans subjectifs dans la lignée du slasher et de cadrages serrés se plaisant à dévoiler des fragments d'anatomie, la réalisation installe un climat, sinon insoutenable, du moins suffisamment étouffant pour que l'on sente l'étau se refermer autour de nous. Le long-métrage de Fritz Kiersch doit par ailleurs une fière chandelle à ses jeunes acteurs, lesquels suppléent efficacement au léger manque de charisme de Peter Horton (Burt) et Linda Hamilton (Vicky), têtes d'affiche agréables, mais un peu trop passe-partout pour espérer marquer l'Histoire du cinéma d'horreur. Littéralement possédés par l'esprit du diable, John Franklin (Isaac, alias le prédicateur en chef) et Courtney Gains (Malachai, alias le prédicateur en herbe qui aimerait bien devenir calife à la place du calife) se glissent le plus naturellement du monde dans la peau de prêcheurs en culottes courtes dont on guette la moindre apparition avec une certaine anxiété, la force de persuasion des deux comédiens se révélant un atout de poids pour l'entretien d'un suspense reposant sur un seul et unique questionnement : les deux automobilistes vont-ils réussir à échapper aux flammes du bûcher qu'un quarteron de fanatiques s'est escrimé à préparer rien que pour eux ? Sans atteindre des sommets d'angoisse, cette adaptation de l'un des classiques du cereal-killer movie a donc le mérite de faire son job avec une régularité et une application plaisantes, et ce, même si l'ensemble pêche par un manque d'ambition flagrant. À noter : un remake assez médiocre (Children of the corn Genesis signé Joel Soisson) a vu le jour en 2011.

Les Démons du maïs (1984, Fritz Kiersch)
Adaptation correcte d'une nouvelle de Stephen King qui se distinguait par son dépouillement et son cynisme, Les Démons du maïs nous invite à faire connaissance avec une secte satanique dont la nature ambiguë (les enfants la composant sont à des années-lumières de l'innocence censée les caractériser) et les méthodes lapidaires (chaque jugement rendu ferait passer ceux des tribunaux de l'Inquisition pour une aimable plaisanterie) constituent un pôle d'attraction intrigant à défaut d'être réellement renversant. Une bonne petite série B.

Tags : Horreur - Fantastique